Crédits photo: Jérôme Bertrand

S’) Habiter: présence et passage

 

Dans ma démarche artistique je tente de cerner la notion d’habiter là où on ne l’attend pas nécessairement. Ne l’ayant jamais trouvée dans l’habituelle poétique verticale de la maison ou dans la fixité, par exemple, je la  cherche dans le mouvement, la surprise, la fuite, dans les restes: de mémoire, de connaissance, de gestes, d’objets. J’accorde une attention particulière aux moments qui provoquent ou actualisent une sensation de réconfort, car pour moi, (s’)habiter, outre occuper son corps ou un lieu physique, ça commence avec ça: être réconforté.e, vaincre ses peurs, transformer ses angoisses.

C’est dans cette optique que je transpose dans mes œuvres l’effet laissé par des lieux lors de déambulations,  principalement en forêt.  Je cherche à garder avec moi des représentations de ces instants où je me suis sentie en phase avec le monde, à la fois dans mes souvenirs, présente à l’environnement immédiat, et ouverte aux « événements » : rencontre, réminiscence, sentiment de beauté ou de familiarité.

Mes œuvres fonctionnent selon ce même mode opératoire. Les yeux déambulent sur la surface à l’affut de l’événement, provoqué par toutes ces rencontres entre matériaux et styles divers, cette hybridation entre les espaces intérieurs et extérieurs, domestiqués et sauvages.

Devant mes installations, les gens reconnaissent des endroits qu’ils fréquentent, s’identifient à des représentations.  À partir de là, nous sommes à même de partager ces petits fragments identitaires à la fois personnels et communs et établir un nouveau laps de temps habité.

 

 

(In)habiting, presence and passage

 

In my artistic approach, I attempt to grasp the notion of inhabiting where it is not necessarily expected. Never having found it in the usual vertical poetics of the house or in fixed locations, for example, I search for it in movement, surprise, evasion, in remnants: of memory, knowledge, gestures, objects. I pay particular attention to moments that provoke or actualize a feeling of comfort because, for me, inhabiting (oneself) goes beyond occupying one’s body or a physical space; it begins with this: being comforted, overcoming fears, transforming anxieties.

With this perspective, I transpose into my works the effects left by places encountered during my wanderings, mainly in forests. I strive to retain representations of those moments when I felt in tune with the world, simultaneously in my memories, present in the immediate environment, and open to « events »: encounters, reminiscences, feelings of beauty or familiarity.

My works operate in the same way. The eyes wander over the surface, alert for events triggered by all these encounters between various materials and styles, this hybridization between interior and exterior spaces, tamed and wild.

In front of my installations, people recognize familiar places, identify with representations. From there, we can share these small identity fragments that are both personal and common, and establish a newly inhabited lapse of time.

Crédits photo: Jérôme Bertrand